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 L'EPEE DE SIGMUND

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MessageSujet: L'EPEE DE SIGMUND   Mer 25 Juin - 23:41

L'épée de Sigmund





Rerir conquit la gloire sur les champs de bataille et la renommée dans les Conseils. Pourtant son coeur saignait car il n'avait pas de fils. Il implora Odin après avoir sacrifié un coq noir sur une pierre plate où le maître des Dieux grava des runes.
- Odin, je suis Rerir le guerrier. Je te supplie debout, les bras croisés, devant le cadavre du coq. Fais en sorte que les sourires et les cris de colère d'un enfant donnent une vie à ma maison.
Odin, maître des Choses secrètes, dépêcha à la femme de Rerir un messager porteur d'une pomme.
- Femme, mords dans cette pomme et tu auras un fils.
Ainsi Rerir eut-il un garçon qu'il appela Volsung.
Des années durant, le monde du Nord retentit des exploits de Volsung, qui dépassait en bravoure les plus valeureux des bersekers.
Volsung eut un fils, qu'il appela Sigmund.
Comme Volsung et ses gens fêtaient la naissance du garçon, un homme noir et maigre entra dans le hall et demanda la corne de bière de l'hospitalité.
Volsung lui tendit une corne cerclée d'argent, pleine d'hydromel.
- Bois dans la corne de mon père Rerir, étranger ! Jamais il n'y en eut de si glorieuse.
L'homme noir vida la corne avant que Volsung eût achevé sa phrase.
- J'ai trempé ce jour même mes lèvres au breuvage d'une autre corne, Volsung. Très loin d'ici, au pied de l'Arc-en-Ciel. Je garde encore sur les lèvres un goût de fer et de faine grillée, de racine calcinée et de dent de vieux sanglier, de poil d'écureuil et de sang desseché.
Volsung comprit que ce voyageur solitaire avait bu à la corne des Dieux. Il l'invita à prendre place dans le fauteuil aux montants sculptés. L'étranger refusa.
- J'ai fêté la naissance d'un enfant dans la demeure des Dieux. Des feux de joie illuminaient les immenses salles et les fumets des viandes montaient jusqu'aux plafonds faits de boucliers d'or. L'enfant s'appelle Tyr et il sera un dieu.
Volsung et ses convives burent à la gloire du jeune Tyr.
L'étranger s'approcha du berceau où dormait Sigmund et prononça ces paroles mystérieuses :
- Volsung, la vie de ton fils Sigmund sera le reflet du tumultueux destin du dieu Tyr.
Il dessina un signe au-dessus de l'enfant, s'enveloppa de son manteau et disparut dans la nuit sans saluer l'assemblée.

Le temps venu, Volsung mourut, alors que Sigmund dépassait sa vingtième année.
Sigmund avait la haute taille, la large poitrine, l'humeur altière des hommes de sa race. Les sagas célébraient déjà ses faits d'armes, les jeunes filles cherchaient à attirer son regard, les guerriers chevronnés, blanchis sous le casque conique et la brogne de cuir, le citaient en exemple.
Dans le tourbillon des épées, Sigmund était le meilleur.
Les amis de son père évoquaient parfois le voyageur maigre et noir qui s'était penché sur son berceau et avait placé le nouveau-né sous le signe du dieu Tyr, maître de la vaillance...
Un soir d'hiver, Sigmund et une vaingtaine de compagnons veillaient dans la grande salle du château d'Inglingar, buvant et devisant, assis en cercle autour d'une souche de sapin qui constituait le centre de ce fort, bâti sur l'emplacement d'une fôret.
Un homme entra sans se faire annoncer. Maigre, noir de teint, il laissait son manteau flotter sur ses épaules.
Il déboucla son épée et, sans effort apparent, l'enfonça jusqu'à la garde dans la souche du sapin.
- Elle appartiendra à celui qui aura la force de l'arracher à ce tronc.
Il dédaigna d'en dire plus et se retira, furtif comme une ombre, laissant les guerriers ébahis.
Hengist, maître d'Inglingar, tenta le premier l'épreuve.
L'épée ne bougea pas d'un quart de pouce.
Hrolf l'Ours, à la force prodigieuse, serra la garde avec tant de vigueur que les jointures de ses doigts blanchirent.
Il n'ébranla pas la lame.
Leif, Olaf, Thorkel le Roux, dix autres encore échouèrent. On parlait d'enchantement et de sorcellerie.
Vint le tour de Sigmund.
Quand il posa la main sur la poignée de bronze, ornée de signes, une onde de chaleur parcourut son corps, et il sut que le souffle de Tyr était en lui.
Il dégagea l'épée de la souche, aussi facilement qu'il l'eût ôtée du fourreau.
Hengist lui mit une main sur l'épaule.
- J'aimerais connaître le nom de ce visiteur du soir, Sigmund. Le Destin est en marche.

Dès lors, la vie du héros apparut comme le reflet du destin du dieu Tyr.
L'épée rendit Sigmund invincible.
Il combattit les Danois et les Germains.
Il repoussa les Lapons jusqu'aux terres glacées où naissent les aurores boréales.
Il enchaîna Sigval, le bersek révolté, sur un iceberg.
Il défit les Angles, les Irlandais et porta la guerre dans les pays du sud ensoleillé où des pommes d'or mûrissent sur les arbres toujours verts.
Sa vie ressemblait à un torrent tumultueux roulant des rochers et des troncs, grossi sans cesse de nouvelles eaux.
Quand Sigmund pensa à regarder en arrière, ses cheveux grisonnaient. Il revint alors dans sa demeure du Störe Borge et sa femme lui donna un fils, qu'il prénomma Sigurd.
Une nuit, il rencontra en rêve le dieu Tyr.

Une lumière dorée tombait de la voûte d'une caverne. Des oiseaux de feu passaient comme des éclairs.
Tyr, assis sur un amoncellement de fourrures, conversait avec Sindri, le nain magicien de la montagne du Spartalheim.
- Je demande l'aide de tes nains forgerons, Sindri. Il faudrait qu'ils me fabriquent une chaîne assez forte pour entraver Fenrir, le loup géant, qui devient un danger pour les habitants du Valhöll.
- Il n'est pas de chaîne qui résiste à la fureur du grand loup, Tyr... tu sais qu'il a brisé tous les fers dont on l'avait chargé...
Le nain réfléchit un long moment, la tête entre les mains.
- Nous tresserons un lien que Fenrir ne pourra pas rompre. Oui, un lien qui sera fait de six choses... En une nuit nous pouvons terminer l'ouvrage, Tyr. Fais-moi confiance.
Les nains se mirent au travail. Ils tressèrent ensemble le pas d'un chat, la racine d'un rocher, la barbe d'une femme, l'âme d'un poisson, la fiente d'un oiseau et le soupir d'un ours. Ainsi obtinrent-ils un cordon de cent pieds de long qu'ils désignaient sous le nom de Gleipnir et dont Tyr éprouva la résistance.
La caverne s'effaça et, dans le brouillard de mer, apparut l'île Armwartner qui dépendait du royaume d'Odin.
Le loup Fenrir et les Dieux étaient face à face.
Tyr tenait le lien Gleipnir.
- Fenrir, dit-il, nous t'avons lié avec des cordes suiffées et tu as brisé ces amarres. Nous t'avons entravé avec des chaînes et tu as rompu ces fers. Je te défie de venir à bout de ce lien que je rapporte des terres du Nord. A moins que tu ne refuses l'épreuve, par crainte d'Odin...
Fenrir, le museau sur les griffes des pattes avant, redoutait quelque piège. La prudence luttait contre l'orgueil.
Brusquement il se dressa, les poils hérissées, ses prunelles jaunes lançant des éclairs.
- Je ne crains ni Odin, ni Thor, ni les autres Dieux. Je consens à être lié, mais à une condition... Que l'un de vous place une main dans ma gueule, tout le temps que durera l'épreuve. Si les Dieux cherchent à me passer le licol, je trancherai de mes crocs cette main jusqu'au poignet.
Les Dieux se regardèrent, embarrassés.
Tyr tendit sa main droite.
- Voici ma main en gage de bonne foi.
Thor, Njord et Aegir enserrèrent le loup dans la tresse magique de Sindri. Fenrir se débattit de toute sa force sauvage, bondissant, se roulant, hurlant... Le lien ne céda pas.
Les Dieux riaient, heureux de voir leur mortel ennemi réduit à l'impuissance.
Les crocs se refermèrent sur la main de Tyr. Le sang jaillit dans la gueule du loup.
Tyr avait laissé sa main droite dans l'aventure.
Il se tourna vers Thor :
- Attache-le à un rocher, lanceur de foudre... Fenrir ne pourra plus nuire jusqu'au combat du Ragnarok... J'ai sacrifié ma main pour que la menace du Mal fût écartée.

Sigmund se réveilla, en proie à un vague malaise.
Sigurd jasait dans son berceau.
Ce même jour, comme le héros visitait ses troupeaux, il fut assailli par sept brigands à la lisière de la fôret.
Des flocons paresseux tombaient sur les herbes jaunies.
Sigmund se battit avec ardeur et tua les brigands.
La neige à présent recouvrait les prairies, adhérait aux hautes branches des sapins.
- Quelle est donc la signification de ce rêve ? s'interrogeait Sigmund. Tyr voulait-il m'avertir d'une fin prochaine ?
Un homme noir et maigre, flottant dans un manteau sombre, sortit du bois. Il brandissait une lance au fer étincelant.
Sigmund courut sur l'adversaire, pensant que c'était là le chef de la troupe. Il porta un coup de son épée. La lame se brisa en deux sur le bois de la lance. Une étrange faiblesse minait le corps du héros.
Il reconnut alors le voyageur qui, une nuit d'hiver, avait enfoncé l'épée magique dans la souche d'Inglingar. L'oeil unique brillait d'un calme éclat.
- Odin, murmura t-il en tombant dans la neige.
- Sigmund, le temps est venu de passer la frontière de la vie. Je fus là à ta naissance et je te consacrai au dieu Tyr... Je suis là aujourd'hui pour t'aider à passer dans le monde des morts. Les monstres et les géants se lèvent et grondent. Le grand combat de la fin des temps approche. Le dieu Tyr aura besoin de tous ses braves...
Sigmund sourit.
- Je suis prêt... Je m'assoirai à la table des Dieux pour boire le vin âpre et fort de la gloire. Je n'ai d'autre ambition que d'être le reflet de Tyr à la cuirasse d'argent.
Odin étendit son manteau sur le héros.
- N'as-tu pas un souhait que je pourrais exaucer sur cette terre, Sigmund ?
Le fils de Volsung s'appuya sur un coude.
- L'épée ! qu'on soude les deux parties... Qu'on rapporte l'épée à mon fils Sigurd, afin que se perpétue la saga des Volsung.
Odin sourit.
- Je le ferai. A la nuit, un homme maigre et noir se penchera sur le berceau de ton fils.

Ainsi mourut Sigmund. Les flocons tombaient dru.
Et, dans le ciel, la charge des Walkyries éclata comme un roulement de tonnerre. Les messagères de la Mort ouvraient au héros les portes d'or et d'ivoire du Valhöll...

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